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Les pires conseils que les hommes reçoivent (et quoi faire a la place)

De 'sois un homme' a 'suis ta passion' en passant par 'fake it till you make it,' les hommes sont ensevelis sous une avalanche de conseils pourris. Voici un decryptage des pires coupables et ce qui marche vraiment dans le monde reel.

ByAlphaMode Editorial
Les pires conseils que les hommes reçoivent (et quoi faire a la place)

Quelque part vers seize ans, les conseils commencent a pleuvoir. De votre pere, votre oncle, votre coach de foot, du pere de votre pote qui fait des barbecues en New Balance et se considere comme un philosophe, de types au hasard sur des podcasts, de posters de motivation dans les cabinets dentaires, et eventuellement de tout l'internet. Tout le monde a des opinions sur comment les hommes devraient vivre, travailler, sortir, s'entrainer, manger, dormir, investir, s'habiller et penser. Et environ soixante-dix pour cent de tout ça est de la bouillie.

Je sais ça parce que j'ai suivi la plupart de ces conseils pendant des annees et j'ai fini confus, epuise, emotionnellement constipe, et portant beaucoup de pantalons chinos mal coupes. Puis j'ai commence a remettre en question les conseils au lieu de les absorber, et les choses se sont considerablement ameliorees.

Voici les pires conseils que les hommes reçoivent couramment, pourquoi ils sont faux, et quoi faire a la place. Considerez ceci comme un message de service public de la part de quelqu'un qui a ete mal oriente assez de fois pour en ecrire un article entier.

"Sois un homme" / "Endurci-toi" / "Les vrais hommes ne pleurent pas"

C'est le gros morceau. Le grand-pere des mauvais conseils. L'idee que la masculinite exige la suppression emotionnelle -- que reconnaitre ses sentiments est de la faiblesse, que le stoicisme signifie ne jamais etre affecte par rien, et que la reponse correcte a la douleur, la peur, la tristesse ou la confusion est de tout enfouir quelque part au fond et pretendre que ça n'existe pas.

J'ai suivi ce conseil fidelement pendant environ quinze ans. J'ai "ete un homme" pendant une rupture en allant a la salle et en disant a tout le monde que j'allais bien. Je me suis "endurci" dans un boulot que je detestais en buvant plus et dormant moins. Je "n'ai pas pleure" quand mon grand-pere est mort, ce que je reconnais maintenant comme l'une des choses les plus tristes que je me sois jamais faites a moi-meme.

Voici ce qui se passe vraiment quand vous supprimez vos emotions pendant des annees : elles ne disparaissent pas. Elles fermentent. Elles se transforment en anxiete, colere, insomnie, problemes d'alcool, et un sentiment vague mais persistant que quelque chose ne va pas que vous n'arrivez pas tout a fait a nommer. J'ai fini par parler a un therapeute a 28 ans, et lors de notre premiere seance il a dit quelque chose qui a reorganise tout mon cerveau : "Reconnaitre ce que vous ressentez n'est pas de la faiblesse. C'est de l'information. Vous ignorez des donnees sur votre propre vie."

Quoi faire a la place : Ressentez vos emotions. Parlez-en. Pas forcement a tout le monde, pas forcement tout le temps, mais a quelqu'un -- un therapeute, un ami proche, un partenaire. Les types les plus forts que je connais ne sont pas ceux qui ne ressentent rien. Ce sont ceux qui ressentent tout et l'affrontent en face au lieu de le fuir. Ca demande considerablement plus de courage que de pretendre etre un robot.

"Suis ta passion"

Oh, celui-ci. Ce conseil brillant, bien intentionné, absolument devastateur qui a lance un millier de crises de quart de vie.

"Suis ta passion" suppose deux choses qui sont souvent fausses : premierement, que vous avez une passion clairement definie, et deuxiemement, que votre passion est quelque chose pour laquelle les gens vous paieront. La plupart des jeunes de vingt-deux ans n'ont pas de passion devoratrice. Ils ont des interets vagues, des trucs pour lesquels ils sont plus ou moins doues, et un diplome dans quelque chose que leurs parents ont suggere. Leur dire de "suivre leur passion" c'est comme dire a quelqu'un perdu dans une foret de "suivre le sentier." Quel sentier ? Il y en a quarante et aucun n'est clairement balise.

J'ai passe deux ans apres la fac a me torturer pour savoir si j'etais dans la bonne carriere parce que je n'etais pas "passionne." J'aimais bien mon boulot. Il payait bien. J'etais bon. Mais je ne bondissais pas du lit chaque matin devore par un but brulant, donc j'ai suppose que quelque chose n'allait pas chez moi. Je ne suivais pas ma passion. Je travaillais juste.

Puis j'ai lu un livre appele "So Good They Can't Ignore You" de Cal Newport, et ça a tout recadre. Newport argue que la passion ne precede pas le bon travail -- elle le suit. Vous devenez bon a quelque chose, vous gagnez en autonomie et en maitrise, et puis vous devenez passionne. La passion vient de la competence, pas l'inverse.

Quoi faire a la place : Construisez des competences. Devenez bon dans des choses. Poursuivez un travail qui offre de la croissance, un salaire raisonnable, et des collegues que vous ne detestez pas. La passion se montre generalement apres avoir atteint un certain niveau de competence et de controle. Attendre la passion avant de commencer, c'est comme attendre d'avoir faim avant d'apprendre a cuisiner -- vous avez inverses la sequence.

"Fake it till you make it"

Il y a un noyau de verite enfoui dans ce conseil, et il est entoure d'une epaisse coquille de mauvaise idee.

Le noyau : agir avec confiance dans des situations ou vous vous sentez incertain peut vous aider a surmonter l'inconfort et a construire une vraie confiance au fil du temps. C'est vrai. Entrer dans un entretien d'embauche les epaules en arriere et la voix posee, meme si vous etes nerveux, aide sincerement.

Le probleme : "fake it till you make it" est souvent interprete comme "pretendez etre quelque chose que vous n'etes pas, indefiniment." Et ce chemin mene au syndrome de l'imposteur, a l'anxiete chronique, et a une carriere construite sur des fondations de bluff que vous etes constamment terrifie de voir s'effondrer.

J'ai travaille avec un type qui a bluffe son chemin vers un poste de management pour lequel il n'etait pas pret. Il ne pouvait pas bluffer les competences. Il ne pouvait pas bluffer l'experience. Il a passe quatorze mois dans un boulot qui le rendait malheureux, performant mal, avant d'etre licencie. "Fake it till you make it" l'a mis dans une position ou l'echec etait inevitable et l'humiliation la seule sortie possible.

Quoi faire a la place : "Soyez honnete sur ou vous en etes, mais engage dans la direction ou vous allez." C'est moins accrocheur, mais c'est vrai. Dites "je n'ai jamais fait ça avant, mais j'apprends vite et je suis pret a comprendre." Cette honnete construit en fait plus de confiance et de respect que de pretendre tout savoir. Les gens sentent un bluffeur a un kilometre. Ils respectent un apprenant.

"Tu as juste besoin de plus de discipline"

L'internet a decide que la discipline est la reponse a tout. Vous n'arrivez pas a vous lever a 5 h ? Discipline. Vous n'arrivez pas a tenir un regime ? Discipline. Vous n'arrivez pas a economiser ? Discipline. Vous n'arrivez pas a finir ce projet ? Discipline. C'est comme un mot magique qui explique toutes les galeres humaines et vous en rend coupable pour toutes.

Voici le probleme : la discipline est une ressource finie. Vous pouvez serrer les dents et vous forcer pendant quelques jours ou meme quelques semaines de pure discipline, mais elle finit par s'epuiser. La volonte s'emoussé. Le controle de soi fatigue. Si tout votre systeme pour faire des choses difficiles repose sur "force-toi," vous construisez sur du sable mouvant.

J'ai essaye de me discipliner pour me lever a 5 h pendant un mois. J'ai mis trois alarmes. J'ai pose mon telephone de l'autre cote de la piece. J'ai ete au lit a 21 h. Ca a marche pendant onze jours. Puis mon corps a fait un coup d'etat, j'ai dormi a travers les trois alarmes, et je me suis reveille a 10 h 30 en me sentant comme un rate -- ce qui etait exactement le contraire de ce que ce regime disciplinaire etait cense accomplir.

Quoi faire a la place : Construisez des systemes, pas de la volonte. Faites du bon choix le choix facile. Vous voulez manger mieux ? N'achetez pas de malbouffe -- comme ça il n'y a rien de mauvais a attraper a minuit. Vous voulez aller a la salle ? Enfilez vos vetements de sport des le reveil -- la partie la plus dure d'aller a la salle c'est la decision, donc supprimez la decision. Vous voulez economiser ? Automatisez votre epargne pour que l'argent parte avant que vous le voyiez. La discipline vous fait demarrer. Les systemes vous font continuer. Decouvrez comment se faire des amis a l'age adulte fonctionne sur le meme principe -- ce n'est pas une question de volonte, c'est une question de se mettre dans les bonnes situations.

"Garde tes options ouvertes"

Ca sonne sage. Ca sonne comme la liberte. Ca sonne comme si vous etiez strategique et flexible et ouvert d'esprit. En pratique, ça signifie generalement que vous etes indecis, non engage, et paralyse par la peur de mal choisir.

J'ai garde mes options ouvertes dans la vingtaine. Je ne me suis pas engage dans une voie professionnelle au cas ou quelque chose de mieux arriverait. Je ne me suis pas engage dans une ville au cas ou je voudrais demenager. Je ne me suis pas engage dans des relations au cas ou la prochaine personne serait plus compatible. J'etais tellement occupe a garder des portes ouvertes que je n'en ai jamais franchie aucune.

Le paradoxe du choix est reel. Plus vous avez d'options, moins vous etes satisfait de chaque choix individuel, et plus vous etes susceptible de ne rien choisir du tout. Les types que je connais qui semblent les plus heureux et les plus accomplis ne sont pas ceux qui ont le plus d'options -- ce sont ceux qui ont choisi quelque chose, se sont engages, et sont alles en profondeur.

Quoi faire a la place : Faites un choix. Engagez-vous pour une periode definie. Donnez tout ce que vous avez. Si ça ne marche pas apres un effort sincere, vous le saurez par experience plutot que par speculation. Un an d'engagement total dans le mauvais truc vous apprend plus que cinq ans de tâtonnement a moitie investi dans dix trucs. Fermez des portes. C'est la seule facon de decouvrir ce qu'il y a derriere celles que vous franchissez.

"Tu dormiras quand tu seras mort"

La devise de la hustle culture. Le cri de guerre de chaque entrepreneur qui poste sur LinkedIn a 3 h du matin. L'idee que le sommeil est optionnel, que le repos est pour les faineants, et que le succes exige de trimer a chaque instant d'eveil jusqu'a ce que vous atteigniez vos objectifs ou que vous vous effondriez.

J'ai essaye ça au milieu de la vingtaine. J'ai dormi en moyenne cinq heures par nuit pendant environ dix-huit mois, remplissant les heures supplementaires de "productivite" -- travailler, reseauter, side-hustler, optimiser. Je me sentais terrible mais je pensais que c'etait le prix de l'ambition. J'avais tort. C'etait le prix de la betise.

La privation de sommeil altere les fonctions cognitives, la prise de decision, la regulation emotionnelle, la reponse immunitaire et essentiellement tous les systemes de votre corps. Fonctionner avec cinq heures de sommeil est cognitivement equivalent a etre en etat d'ivresse legale. Je prenais des decisions sur ma carriere et mes finances avec l'acuite mentale d'un type qui avait bu quatre bieres. Je n'etais pas productif pendant ces heures supplementaires -- j'etais bacle sur plus d'heures.

Quoi faire a la place : Dormez sept a neuf heures. Serieusement. Ce n'est pas de la fainéantise. Ce n'est pas un luxe. Ne rien faire, y compris dormir, n'est pas de la fainéantise -- c'est l'entretien necessaire de la machine qui fait tout le reste. Les personnes les plus productives et accomplies que je connais protegent leur sommeil comme si c'etait sacre, parce que ça l'est.

"Ne montre jamais de faiblesse"

Cousin proche de "sois un homme," ce bijou suggere que la vulnerabilite est une erreur strategique. Que montrer de l'incertitude, admettre des erreurs, ou demander de l'aide fera perdre le respect des gens. Que le leadership signifie projeter l'omniscience et l'infaillibilite en permanence.

Chaque grand leader pour qui j'ai travaille faisait le contraire. Ils disaient "je ne sais pas" quand ils ne savaient pas. Ils disaient "j'avais tort" quand ils avaient tort. Ils demandaient "qu'en pensez-vous ?" parce qu'ils voulaient sincerement des avis, pas parce qu'ils testaient les gens. Et loin de perdre le respect, ils l'ont gagne, parce que l'authenticite est magnetique et pretendre etre parfait est epuisant pour tout le monde.

Quoi faire a la place : Soyez honnete sur ce que vous savez et ce que vous ne savez pas. Demandez de l'aide quand vous en avez besoin. Admettez vos erreurs rapidement et corrigez-les. Les gens ne respectent pas la perfection -- ils respectent l'integrite. Et l'integrite demande l'admission occasionnelle que vous etes un etre humain qui n'a pas toutes les reponses.

Le fil conducteur

Les mauvais conseils pour les hommes partagent generalement un trait : ils privilegient l'apparence de la force sur sa realite. Avoir l'air dur. Avoir l'air occupe. Avoir l'air confiant. Avoir l'air passionne. Ne jamais avoir l'air incertain, triste, fatigue ou confus.

La vraie force est plus silencieuse que ça. C'est se connaitre, etre honnete a ce sujet, construire des systemes qui fonctionnent pour votre vraie vie, et avoir le courage d'ignorer les conseils qui sonnent bien mais qui sonnent faux.

Y compris, possiblement, certains de ces conseils. Questionnez tout. Meme moi. Surtout moi. Je ne suis qu'un type sur internet.